GUIDE D'APPLICATION

Que se passe-t-il en cas de non-conformité ? Sanctions ESPR/DPP et surveillance du marché

Publié le 25 septembre 2026 · Temps de lecture ~4 min · par Lior Gabriel Graetz · LG Fashion Labs

Il n'existe pas de chiffre unique auquel se raccrocher. L'ESPR ne fixe pas d'amende européenne unique pour un passeport numérique de produit manquant ou défectueux, comme le fait le RGPD pour une violation de données — il laisse le montant réel à la discrétion de chaque État membre. Cela ne veut pas dire que l'enjeu est faible. Un pays a déjà légiféré des amendes allant jusqu'à 100 000 €, et ce, avant même de compter la voie distincte que la plupart des marques ignorent totalement : la responsabilité directe envers le consommateur qui a acheté le produit.

Ce guide passe en revue, dans l'ordre, ce qui se passe réellement — sourcé directement dans les chapitres de l'ESPR consacrés à l'application de la réglementation, et illustré par un exemple national en vigueur.

1. Pas d'amende unique à l'échelle de l'UE — mais un plancher strict

L'article 74 de l'ESPR confie la fixation réelle des sanctions aux États membres, et non à Bruxelles : chaque pays « détermine le régime des sanctions applicables aux violations du présent règlement », et ces sanctions doivent être « effectives, proportionnées et dissuasives ». Les États membres doivent informer la Commission, sans retard, de leur régime, ainsi que de toute modification apportée ultérieurement.

L'ESPR encadre tout de même la forme que peuvent prendre ces règles nationales. L'article 74, paragraphe 2, exige que les sanctions tiennent compte de huit éléments, dont la gravité et la durée de la violation, son caractère intentionnel ou négligent, l'avantage économique tiré de l'infraction, les dommages environnementaux causés, et les efforts de l'entreprise pour y remédier. L'article 74, paragraphe 3, fixe un plancher, pas un plafond : les États membres doivent au moins être en mesure d'imposer des amendes et une exclusion, limitée dans le temps, des procédures de passation de marchés publics — mais rien n'empêche un pays d'aller plus loin.

2. Un exemple concret : ce que l'Allemagne a déjà fixé

Les chiffres d'un pays sont déjà inscrits dans la loi. La loi allemande Ökodesign-Gesetz, promulguée le 22 juin 2026 (Bundesgesetzblatt 2026 I, n° 191), fixe des amendes précises directement rattachées à des articles de l'ESPR :

Ces dispositions s'appliquent à compter du 1er novembre 2026. Elles sont spécifiques à l'Allemagne — chaque autre État membre est libre de fixer ses propres montants, différents, dans le cadre du même plancher fixé par l'UE. Il faut y voir une illustration concrète de ce que « effectives, proportionnées et dissuasives » signifie en pratique, et non la norme européenne elle-même.

3. L'échelle d'escalade avant même qu'une amende ne tombe

Une amende n'est généralement pas la première chose qui arrive. L'article 69 de l'ESPR établit une « procédure de sauvegarde » : si une autorité de surveillance du marché a des raisons suffisantes de croire qu'un produit est non conforme, elle l'évalue, puis exige de l'opérateur économique responsable qu'il prenne des « mesures correctives appropriées et proportionnées » dans un délai raisonnable qu'elle fixe. Ce n'est que si ce délai expire sans correction, ou si la non-conformité persiste, que l'autorité passe à l'interdiction ou à la restriction de la vente du produit, à son retrait du marché, ou à son rappel.

Deux détails que les marques sous-estiment : premièrement, la correction ne se limite pas à un seul pays — l'article 69, paragraphe 3, exige que l'opérateur économique corrige le problème pour tous les produits concernés mis à disposition sur le marché dans toute l'Union, pas seulement sur le marché qui a détecté l'anomalie. Deuxièmement, cela peut vous coûter cher avant même qu'une sanction ne soit décidée : l'article 66, paragraphe 3, permet aux autorités de surveillance du marché de recouvrer directement auprès de l'opérateur non conforme les coûts du contrôle de la documentation et des essais physiques sur les produits.

L'article 67 de l'ESPR impose par ailleurs que chaque sanction infligée soit consignée dans le système d'information et de communication à l'échelle de l'UE prévu à l'article 34 du règlement général sur la surveillance du marché (UE) 2019/1020, dont relève l'ESPR. Tous les quatre ans, la Commission établit, à partir de ces données, un rapport public d'évaluation comparative portant sur la nature et la sévérité des sanctions à travers toute l'UE — le premier devant être publié au plus tard le 19 juillet 2028.

4. La voie distincte : la responsabilité directe envers les consommateurs

Les sanctions publiques ne sont pas le seul risque. L'article 76 de l'ESPR — « Voies de recours des consommateurs » — rend les opérateurs économiques directement responsables du préjudice subi par un consommateur du fait qu'un produit ne respectait pas ses exigences en matière d'écoconception. La responsabilité incombe d'abord au fabricant ; si celui-ci n'est pas établi dans l'Union, elle se reporte sur l'importateur ou sur le mandataire du fabricant, et à défaut, sur le prestataire de services d'exécution des commandes.

Cette responsabilité existe indépendamment de toute amende infligée par une autorité de surveillance du marché, et l'ESPR précise explicitement qu'elle s'applique « sans préjudice de l'application d'autres voies de recours dont disposent les consommateurs en vertu du droit de l'Union ou du droit national » — ce qui signifie qu'elle s'ajoute aux recours de protection des consommateurs déjà existants, sans les remplacer.

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Questions fréquentes

Existe-t-il une amende unique à l'échelle de l'UE pour la non-conformité à l'ESPR ou au passeport numérique de produit ? +
Non. L'article 74 de l'ESPR impose à chaque État membre de l'UE de fixer ses propres règles de sanctions, qui doivent être « effectives, proportionnées et dissuasives » et doivent, au minimum, inclure des amendes et la possibilité d'une exclusion, limitée dans le temps, des procédures de passation de marchés publics. Les montants exacts sont fixés au niveau national, pas par l'UE.
Quel est un exemple concret de sanctions nationales au titre de l'ESPR ? +
La loi allemande Ökodesign-Gesetz, promulguée le 22 juin 2026 (BGBl. 2026 I Nr. 191), fixe des amendes allant jusqu'à 100 000 € pour violation de l'interdiction de détruire des produits de consommation invendus prévue par l'ESPR (article 25), et jusqu'à 10 000 € pour des manquements aux obligations de communication d'informations au titre de l'article 24. Ces dispositions s'appliquent à compter du 1er novembre 2026. Les autres États membres fixeront leurs propres montants, différents.
La non-conformité peut-elle faire retirer complètement mes produits du marché de l'UE ? +
Oui. En vertu de l'article 69 de l'ESPR, si une autorité de surveillance du marché constate qu'un produit est non conforme et que l'opérateur économique ne le corrige pas dans le délai fixé, l'autorité peut interdire ou restreindre sa vente, le retirer du marché, ou le rappeler — et la correction doit couvrir tous les produits mis à disposition n'importe où dans l'UE, pas seulement dans l'État membre qui a détecté l'anomalie.
Suis-je également responsable envers les consommateurs individuels, indépendamment de toute amende publique ? +
Oui. L'article 76 de l'ESPR rend le fabricant (ou, s'il n'est pas établi dans l'UE, dans l'ordre, l'importateur, le mandataire, ou le prestataire de services d'exécution des commandes) directement responsable du préjudice subi par un consommateur du fait d'un produit non conforme — indépendamment de, et en complément de, toute sanction réglementaire.