ANALYSE APPROFONDIE DE CONFORMITÉ
Comment fonctionne réellement le registre européen du passeport numérique de produit
Le registre européen du passeport numérique de produit est ouvert depuis le 20 juillet 2026 à l'inscription des organisations et à la vérification d'identité, mais l'enregistrement d'un passeport ne peut pas encore être mené à terme (guide d'utilisation de la Commission à l'intention des opérateurs économiques, version 1.03, 16 septembre 2026) — et la plupart des marques s'en font une idée incomplète. Il ne contient pas les données produit, mais des identifiants. Un identifiant d'enregistrement n'est pas une preuve de conformité. Et l'accès ne se fait pas sur parole : tout opérateur économique et tout acteur de la chaîne de valeur qui enregistre ou modifie un passeport doit d'abord passer par un processus formel de vérification d'identité, avec des exigences de preuve différentes selon qu'il s'agit d'un commerçant individuel ou d'une société, et selon qu'il est tenu ou non d'être établi dans l'Union.
Ce guide passe en revue ce qu'exige le règlement d'exécution (UE) 2026/1778 de la Commission, le règlement qui régit concrètement le fonctionnement du registre : qui doit s'enregistrer, comment fonctionne la vérification d'identité préalable, ce qui se passe étape par étape pendant l'enregistrement, et quelles obligations continuent de s'appliquer une fois l'identifiant d'enregistrement obtenu. Sources consultées directement sur EUR-Lex, vérifiées en direct ; les précisions opérationnelles proviennent du guide d'utilisation de la Commission à l'intention des opérateurs économiques (version 1.03, 16 septembre 2026).
Expiration à 3 ans
Le statut vérifié d'un opérateur dans le registre expire au bout de trois ans au maximum, ou plus tôt si ses moyens d'identification électronique expirent avant (article 4, paragraphe 4, du règlement d'exécution).
18 février 2027
Date limite pour que chaque État membre de l'UE désigne un administrateur national chargé de l'accès au registre.
5 législations produit, 1 registre
Le textile partage cette infrastructure avec les batteries, les produits de construction, les jouets et les détergents.
1. Ce qu'est réellement le registre — et ce qu'il n'est pas
L'article 13, paragraphe 1, de l'ESPR imposait à la Commission de mettre en place le registre au plus tard le 19 juillet 2026, en y stockant « de manière sécurisée au moins les identifiants uniques ». La Commission a adopté le règlement d'exécution (UE) 2026/1778 le 16 juillet 2026, qui fixe précisément les modalités de fonctionnement du registre, et a lancé le registre, avec un environnement de test, le 20 juillet 2026 (actualité de la Commission du même jour). Par défaut, le registre stocke au moins « les identifiants uniques » (article 13, paragraphe 1), ainsi que les codes de marchandise pour les biens qui entrent dans l'UE en passant par la douane. Pas l'intégralité des données du passeport. L'article 13, paragraphe 1, ne précise pas de quels identifiants uniques il s'agit. La Commission décrit le registre comme stockant « les identifiants uniques, les données d'enregistrement et les métadonnées de haut niveau pour chaque produit » ; dans son guide d'utilisation (version 1.03, 16 septembre 2026), le registre « enregistre un sous-ensemble d'informations nécessaires pour identifier le DPP et y accéder, telles que des identifiants uniques de produit et l'emplacement où le passeport est hébergé », et la fiche d'enregistrement contient l'identifiant unique de produit (Unique Product Identifier, UPI) lié à un identifiant d'enregistrement unique (Unique Registration Identifier, URI) délivré par le registre. Le CEN-CENELEC, organisme de normalisation, décrit un registre « où sont stockés les identifiants des produits, des fabricants et des usines » (15 juillet 2026). Le formulaire d'enregistrement pour les batteries, premier groupe de produits, ne demande que l'UPI et, facultativement, des identifiants de modèle et de lot. La Commission précise, dans les actes délégués adoptés pour chaque groupe de produits, toute autre donnée à stocker dans le registre (article 13, paragraphe 2), en tenant compte au moins des critères suivants : la nécessité de permettre la vérification de l'authenticité du passeport numérique de produit, la pertinence des informations pour améliorer l'efficience et l'efficacité des vérifications dans le cadre de la surveillance du marché ainsi que des contrôles douaniers, et la nécessité d'éviter de faire peser une charge administrative disproportionnée sur les opérateurs économiques et les autorités douanières.
État des lieux (guide d'utilisation de la Commission à l'intention des opérateurs économiques, version 1.03, dernière publication le 16 septembre 2026) : le registre est ouvert depuis le 20 juillet 2026 aux comptes EU Login, à l'inscription des organisations et à la vérification d'identité, et un environnement de test distinct est disponible. L'enregistrement d'un passeport ne peut pas encore être mené à terme. Le guide indique : « L'enregistrement réussi des DPP pour les batteries n'est actuellement pas disponible, car le catalogue sémantique de ce groupe de produits n'a pas encore été défini. Actuellement, il n'est pas possible d'enregistrer des DPP avec succès. » Les batteries sont le premier groupe de produits proposé ; d'autres groupes de produits seront introduits progressivement, conformément au plan de travail ESPR. Les textiles ne font pas partie de cette première phase.
Sur le plan structurel, le registre (selon l'article 3 du règlement d'exécution) se compose de neuf éléments : une interface web sécurisée, une API pour l'enregistrement des passeports, une plateforme de vérification, un dispositif de génération des identifiants d'enregistrement, un composant de stockage pour les identifiants et les codes de marchandise, une liste des prestataires de services de passeport numérique de produit vérifiés, un référentiel sémantique définissant la signification et la structure des données du passeport, un système de journalisation et un dispositif d'identification et d'autorisation des utilisateurs. Autrement dit, ce n'est pas une base de données unique, mais une infrastructure qui remplit plusieurs fonctions distinctes.
Trois choses distinctes
Le registre, le portail internet et le passeport lui-même
- Le registre (article 13 de l'ESPR) : géré par la Commission, il ne contient que des identifiants et des données de contrôle. Un opérateur économique vérifié charge les données ; en retour, le registre délivre automatiquement un identifiant d'enregistrement unique, dont la loi précise expressément qu'il ne constitue pas une preuve de conformité.
- Le portail internet (article 14 et considérant 42 de l'ESPR) : un outil distinct, géré par la Commission et accessible au public, permettant de rechercher et de comparer les données des passeports, dans les limites des droits d'accès propres à chaque partie prenante ; selon le considérant 42, il devrait en outre établir des liens vers les données que l'opérateur économique a déjà stockées dans son passeport numérique de produit décentralisé.
- Le passeport lui-même : il reste conservé par l'opérateur économique ou son prestataire de services et n'est jamais centralisé au niveau de l'UE. Notre guide sur les supports de données explique précisément où ces données sont physiquement hébergées.
Le registre n'est pas non plus spécifique à la mode. L'article 1er, paragraphe 1, du règlement d'exécution énumère ce que couvre le registre : les produits relevant des actes délégués de l'ESPR, les batteries relevant du règlement Batteries, les produits de construction, les jouets, ainsi que les détergents et agents de surface destinés aux utilisateurs finaux, chacun régi par sa propre législation produit distincte de l'UE, tous partageant la même infrastructure de registre. Toute future législation de l'UE exigeant un passeport numérique de produit peut se brancher sur le même système.
2. Qui doit s'enregistrer, et la vérification d'identité préalable
Deux catégories d'utilisateurs peuvent effectivement enregistrer ou modifier des données dans le registre : les « opérateurs économiques vérifiés » (la marque ou l'importateur qui met un produit sur le marché) et les « acteurs de la chaîne de valeur vérifiés », une catégorie couvrant les réparateurs, les reconditionneurs, les entreprises de remanufacturage et les recycleurs (règlement d'exécution, articles 4 et 5). Les deux groupes doivent passer par la vérification d'identité avant de pouvoir enregistrer ou modifier quoi que ce soit dans le registre ; ni l'enregistrement ni la correction ne sont possibles sans cela. Toute personne disposant d'un compte EU Login peut ouvrir le registre et commencer l'inscription de son organisation, mais les opérations d'enregistrement ne deviennent disponibles qu'une fois l'organisation vérifiée (guide d'utilisation de la Commission à l'intention des opérateurs économiques, version 1.03, 16 septembre 2026). Le règlement d'exécution range aussi les prestataires de services de passeport numérique de produit parmi les acteurs de la chaîne de valeur (considérant 4) ; un tiers autorisé à enregistrer pour le compte d'un opérateur doit se soumettre au processus de vérification conformément à l'article 5 (article 19, paragraphe 4). Le guide du registre de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) s'adresse uniquement aux opérateurs économiques ; au 13 octobre 2026, la page de ressources de la Commission ne répertorie aucun guide pour les acteurs de la chaîne de valeur ni pour les prestataires de services, et le calendrier indicatif de sa page consacrée au passeport numérique de produit mentionne l'acte délégué relatif aux prestataires de services DPP à la fois au 2e trimestre 2027 et au 3e trimestre 2027.
La preuve à fournir dépend de votre profil :
| Type d'opérateur | Preuve d'identité requise |
|---|---|
| Commerçant individuel tenu d'être établi dans l'Union | Une signature électronique qualifiée (eIDAS, règlement (UE) n° 910/2014), un moyen d'identification électronique de niveau de garantie « élevé » ou une attestation électronique d'attributs de l'UE |
| Commerçant individuel non tenu d'être établi dans l'Union | Une signature électronique qualifiée, ou une attestation électronique d'attributs de l'UE |
| Société tenue d'être établie dans l'Union | Un cachet électronique qualifié délivré par un prestataire de services de confiance qualifié, ou une attestation électronique d'attributs qualifiée de l'UE |
| Société non tenue d'être établie dans l'Union | Un cachet électronique qualifié délivré par un prestataire de services de confiance qualifié, ou une attestation électronique d'attributs de l'UE |
Le guide d'utilisation de la Commission à l'intention des opérateurs économiques (version 1.03, 16 septembre 2026) décrit une seule procédure pour toutes les organisations : une déclaration PDF scellée par la Commission, contresignée au moyen d'un cachet électronique qualifié (sociétés) ou d'une signature électronique qualifiée (commerçants individuels). Il n'opère aucune distinction entre acteurs de l'UE et acteurs hors UE, au-delà d'un champ « Country of Registration ».
Comment se déroule l'inscription en pratique (guide d'utilisation de la Commission, version 1.03, 16 septembre 2026). Premièrement, se connecter avec un compte EU Login : le registre authentifie les utilisateurs via EU Login, et un nouveau compte peut être créé depuis la page de connexion. Deuxièmement, choisir « Enrol New Organisation » sur la page d'accueil (« Welcome page »), puis « Legal Person » (une société ou une autre entité juridique) ou « Natural Person » (une personne physique agissant en son propre nom, c'est-à-dire un commerçant individuel). Troisièmement, saisir les données de l'organisation, dont un identifiant qui doit correspondre intégralement à l'attribut figurant dans votre certificat qualifié (personnes morales : NTR, de préférence, ou LEI, VAT, eID ou un identifiant local préfixé du code du pays ; commerçants individuels : TIN, de préférence, ou PNO, eID, IDC, PAS ou un identifiant local), ainsi qu'un contact de conformité qui n'est pas affiché publiquement. Quatrièmement, désigner le représentant légal habilité à sceller ou à signer et demander la déclaration PDF, que la Commission scelle et qui n'est actuellement fournie qu'en anglais.
Cinquièmement, le représentant légal contresigne la déclaration en dehors du registre au moyen d'un cachet électronique qualifié (personnes morales) ou d'une signature électronique qualifiée (commerçants individuels), au format PAdES Baseline B, T, LT ou LTA. Un certificat qualifié installé sous forme de fichier logiciel (.p12/.pfx) ne suffit pas : il « ne produit qu'une signature avancée (AdES/QC), qui sera rejetée par la vérification ». Le guide nomme deux moyens de produire un cachet qualifié ou une signature qualifiée : un certificat qualifié stocké sur un dispositif qualifié de création de signature (carte à puce ou jeton USB fourni par le prestataire de services de confiance qualifié) ou un service qualifié de signature à distance. Sixièmement, téléverser le PDF signé (PDF uniquement, 1 Go au maximum, nom de fichier de 100 caractères au maximum) et le soumettre. La demande apparaît d'abord comme PROCESSING, puis comme SUCCESS ou FAILURE ; en cas de succès, la personne qui a procédé à l'inscription devient l'« Administrator » de l'organisation, et le rapport de réussite indique le jour d'expiration de la signature ou du cachet. Selon le guide, le registre est disponible en anglais. À noter : il s'agit de la seule voie de vérification que décrit le guide ; les options du tableau ci-dessus (moyen d'identification électronique de niveau de garantie « élevé », attestation électronique d'attributs) ne sont pas décrites dans la version 1.03.
Une fois la vérification réussie, l'opérateur devient un « opérateur économique vérifié », autorisé, selon les considérants mêmes du règlement, à créer un profil d'utilisateur, à enregistrer de nouveaux passeports et à modifier des enregistrements existants (considérant 8 ; article 4, paragraphe 3, et article 6). Il peut déléguer des droits d'accès à des utilisateurs tiers agissant pour son compte lorsque le droit de l'Union le prévoit (article 6, paragraphe 1). Le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) ne documente pas encore la manière d'ajouter des utilisateurs ou de déléguer l'accès : il indique seulement que la personne dont l'organisation est vérifiée devient l'administrateur (« Administrator ») de cette organisation et que le menu du profil affiche le rôle attribué à l'utilisateur. Le statut « vérifié » n'est pas permanent. Il dure jusqu'à l'expiration des moyens d'identification électronique sous-jacents, et en tout état de cause pas plus de trois ans à compter de la date de vérification, selon l'échéance la plus proche. Selon le guide, le rapport de réussite du registre indique le jour d'expiration de la signature ou du cachet. Une fois ce statut expiré, l'opérateur ne peut plus rien enregistrer ni modifier tant qu'il n'a pas renouvelé le processus (article 4, paragraphe 4, du règlement d'exécution, à ne pas confondre avec l'article 4, paragraphe 4, de l'ESPR, relatif au calendrier des actes délégués et cité plus loin dans les Sources). Une exception : lorsque le registre est intégré à un autre système d'information de l'Union disposant d'un processus de vérification de l'identité équivalent ou identique, l'opérateur déjà enregistré dans ce système n'est pas tenu de se soumettre à une nouvelle vérification (article 4, paragraphe 5, du règlement d'exécution) ; le considérant 11 cite à titre d'exemple le registre européen de l'étiquetage énergétique des produits (EPREL). Le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) ne décrit à ce jour aucune intégration de ce type : chaque nouvelle organisation s'inscrit selon la procédure de la déclaration PDF.
Les passeports enregistrés ne sont pas non plus liés à un seul opérateur pour toujours. Ils peuvent être transférés à un autre opérateur économique vérifié ou acteur de la chaîne de valeur qui reprend les obligations associées (article 6 bis) — les considérants du règlement citent les fusions, les scissions, les cessions d'activité et la cessation d'activité comme exemples de situations où cela s'applique (considérant 10). Le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) ne décrit pas encore la manière dont un enregistrement est transféré.
3. Comment fonctionne réellement l'enregistrement
L'enregistrement est effectué par l'opérateur économique vérifié qui met le produit sur le marché ou le met en service, ou par un tiers lui-même vérifié agissant en son nom ; l'opérateur d'origine reste dans tous les cas pleinement responsable (article 8, paragraphes 1 et 2, et article 19, paragraphe 4). Il s'effectue au niveau de granularité exigé par l'acte délégué applicable : modèle, lot ou article. Lorsqu'un produit relève de plusieurs règles de l'UE exigeant un enregistrement à des niveaux différents, c'est le niveau le plus granulaire qui prévaut. Si un passeport est créé au niveau de l'article, ses identifiants de lot et de modèle doivent également être liés lorsqu'ils existent ; s'il est créé au niveau du lot, l'identifiant de modèle doit être lié (article 8, paragraphes 3 à 5).
Un opérateur s'enregistre soit par l'interface web sécurisée du registre, soit par son API (article 8, paragraphe 6). Lors de la soumission, la Commission effectue des contrôles automatiques avant toute acceptation : la conformité sémantique des données avec les exigences de l'acte délégué applicable, la cohérence des données obligatoires téléchargées avec le contenu réel du passeport, la correspondance du passeport avec son niveau de granularité requis, la validité de tout code de marchandise pour ce groupe de produits et, le cas échéant, la présence d'un lien vers la sauvegarde hébergée par un prestataire de services de passeport numérique de produit (article 8, paragraphe 7). Dans le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026), l'interface web propose un formulaire en ligne pour un seul passeport et un téléversement de fichier (XML ou JSON, modèle fourni) pour un seul passeport ou plusieurs, jusqu'à 100 par fichier ; le guide ne décrit pas l'API. Si un passeport d'une soumission comporte une erreur, tous les passeports de cette soumission sont rejetés. Chaque demande reçoit un identifiant de corrélation (« correlation ID ») et son statut (PROCESSING, SUCCESS ou FAILURE) apparaît dans l'« Activity Dashboard ». Dans le formulaire en ligne, les identifiants de modèle et de lot sont facultatifs et, pour l'instant, seul l'enregistrement au niveau de l'article est disponible.
Ce n'est qu'une fois ces contrôles validés que le registre génère un identifiant d'enregistrement unique et permanent et le communique automatiquement en retour, via l'interface ou la réponse de l'API (article 8, paragraphes 8 et 10). Parallèlement à cet identifiant, la Commission conserve les autres identifiants uniques du produit, son code de marchandise le cas échéant, une référence au prestataire de services de passeport numérique de produit, ainsi que des informations relatives au responsable de l'enregistrement, y compris la date et l'heure de l'enregistrement et l'intégrité du passeport numérique de produit, à titre de preuve de l'événement d'enregistrement (article 8, paragraphe 9). Comme l'indique expressément l'article 13, paragraphe 5, de l'ESPR, cette communication automatique par le registre « n'est pas considérée comme une preuve du respect du présent règlement ou d'autres dispositions du droit de l'Union ». Enregistrer un passeport et se conformer à l'ESPR sont deux questions juridiquement distinctes. Cela décrit la procédure prévue par le droit ; selon le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026), l'enregistrement réussi de passeports n'est pas encore possible (voir la note d'état des lieux de la section 1).
Le guide de la Commission utilise deux abréviations faciles à confondre. L'identifiant unique de produit (Unique Product Identifier, UPI) est une URL que vous fournissez : elle doit respecter un format d'URL conforme aux normes du JTC 24, comporter 2 000 caractères au maximum, commencer par https:// et renvoyer à l'endroit où vous hébergez les données du passeport. L'identifiant d'enregistrement unique (Unique Registration Identifier, URI) est délivré par le registre après un enregistrement réussi et « se rattache à des données DPP existantes via un UPI ». Le registre contrôle l'UPI au moment de la validation, et le guide cite parmi les causes d'erreur, par exemple, un protocole non pris en charge, un domaine non autorisé, un port réseau non autorisé, des redirections excessives ou une redirection vers un protocole moins sécurisé (guide d'utilisation, version 1.03, 16 septembre 2026). Le guide ne définit pas de format pour l'identifiant d'enregistrement lui-même ; l'article 8, paragraphe 8, du règlement d'exécution exige seulement qu'il soit unique et permanent.
Environnement de test. Depuis le lancement, la Commission exploite aussi un site de test distinct (registry.acc.product-passport.ec.europa.eu). Selon le guide d'utilisation (version 1.03, 16 septembre 2026), il s'agit d'un bac à sable pour l'inscription des organisations et l'enregistrement ; il exige son propre compte EU Login, distinct du compte de production ; il utilise le même processus de vérification que la production, de sorte qu'une organisation doit y être vérifiée avec des données d'organisation valides et les signatures ou cachets requis ; et les objets qui y sont créés ne sont pas migrés vers la production et peuvent être supprimés par une routine de nettoyage des données.
4. Ce qui se passe après l'enregistrement
Un opérateur économique vérifié peut générer, à tout moment, une preuve d'enregistrement pour tout passeport dont il est responsable (article 9). Il s'agit d'un document électronique sécurisé, scellé au moyen d'un cachet électronique qualifié et d'un horodatage de la Commission, contenant l'identifiant unique du produit, le code de marchandise le cas échéant, l'identité de l'opérateur responsable, la date et l'heure de l'enregistrement, ainsi qu'une empreinte (hash) de la version du passeport concernée. Cette preuve est téléchargeable depuis le registre pendant 90 jours civils après sa génération ; dans la mesure où un opérateur peut générer une preuve « à tout moment » (article 9, paragraphe 1), un nouvel exemplaire peut simplement être régénéré une fois ce délai écoulé. La Commission a annoncé le 20 juillet 2026 que les opérateurs économiques peuvent demander une preuve d'enregistrement ; le guide d'utilisation (version 1.03, 16 septembre 2026) ne décrit pas encore cette fonction et indique, pour les demandes terminées, l'UPI, l'URI et le groupe de produits, ainsi qu'une option « Export as CSV » pour les rapports d'erreurs.
L'enregistrement n'est pas une formalité ponctuelle. Les opérateurs doivent veiller à ce que leurs données de registre soient « à tout moment exactes, complètes et à jour » (article 19, paragraphe 2), et chaque changement (création, modification ou suppression) est journalisé et versionné avec son propre horodatage de la Commission (article 10, paragraphes 1 et 2). Le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) couvre l'inscription, la vérification et l'enregistrement des passeports ; il ne contient aucune fonction détaillée pour modifier ou supprimer un enregistrement existant et indique seulement que l'opérateur reste responsable de la disponibilité et de l'exactitude des données du passeport, « y compris toute mise à jour au fil du temps ». Par défaut, les données d'enregistrement sont automatiquement supprimées dix ans après l'enregistrement ; lorsqu'une autre législation de l'UE fixe à la place une période de disponibilité spécifique pour le passeport de ce produit, le registre suit cette période (article 10, paragraphe 3). Par ailleurs, un utilisateur du registre peut demander la suppression de son propre compte dès lors qu'il n'est plus responsable d'une activité dans le registre (article 10, paragraphe 4). Il s'agit là de la suppression du compte, et non de l'enregistrement du produit sous-jacent.
La responsabilité ne se transfère pas du simple fait qu'une tâche est déléguée. Un opérateur vérifié qui autorise un tiers à enregistrer ou à modifier des données en son nom reste pleinement responsable du respect du règlement d'exécution, et est considéré comme le responsable du traitement pour toutes les données qu'il soumet (article 19, paragraphes 3 à 5, et article 20). Chaque opérateur est également chargé d'appliquer des mesures de sécurité techniques et organisationnelles appropriées à ses systèmes informatiques et aux identifiants qu'il utilise pour accéder au registre, afin d'empêcher l'accès non autorisé aux données d'enregistrement, ou toute modification de celles-ci, par l'intermédiaire de son système informatique (article 19, paragraphe 3).
5. Le dispositif de contrôle : douanes, autorités et portail public
Quiconque place un produit couvert sous le régime douanier de « mise en libre pratique » doit fournir à la douane l'identifiant d'enregistrement unique du produit. La douane ne peut autoriser la mise en libre pratique qu'après avoir vérifié cet identifiant et le code de marchandise au regard des données stockées dans le registre (article 15 de l'ESPR). La loi prévoit une mise en œuvre délibérément échelonnée : l'obligation de fournir l'identifiant s'applique « dès que le registre est opérationnel », tandis que le contrôle électronique entièrement automatique, effectué au moyen d'une interconnexion avec le système d'échange de certificats du guichet unique de l'UE pour les douanes (EU CSW-CERTEX), s'applique « à partir du moment où l'interconnexion est opérationnelle ». Ce sont deux déclencheurs distincts, pas nécessairement à la même date.
Les autorités nationales compétentes et les autorités douanières, ainsi que la Commission elle-même, disposent d'un accès au registre pour l'exercice de leurs propres missions légales (article 13, paragraphe 6, de l'ESPR). Du côté national, chaque État membre de l'UE doit désigner, au plus tard le 18 février 2027, un « administrateur national » unique, point de contact officiel pour la Commission, chargé de gérer et de déléguer l'accès au registre aux autorités compétentes au sein de cet État (règlement d'exécution, article 7).
Le portail internet public (article 14 de l'ESPR) est distinct du registre. C'est un outil géré par la Commission qui permet aux parties prenantes de rechercher et de comparer les données des passeports, dans les limites des droits d'accès que leur confère l'acte délégué applicable. Selon le considérant 42, le portail internet devrait établir des liens vers les données déjà stockées par l'opérateur économique dans son passeport numérique de produit décentralisé. Autrement dit, il devrait renvoyer vers ces données plutôt que de les héberger de façon centralisée.
Sur le plan de la sécurité : la Commission peut agir contre toute utilisation « inappropriée ou frauduleuse » du registre, y compris, expressément, l'extraction massive de données, que le règlement qualifie de « téléchargement de données massives » (article 17 du règlement d'exécution). Tout utilisateur qui a connaissance d'un comportement malveillant dans le registre ou qui a des motifs raisonnables de soupçonner un tel comportement en informe immédiatement la Commission et, le cas échéant, les États membres concernés. Un service d'assistance de la Commission est déjà en place : l'article 13, paragraphe 1, du règlement d'exécution prévoit un fonctionnement tout au long de l'année, de 8 h 00 à 20 h 00, heure de Bruxelles, tandis que le guide d'utilisation de la Commission (version 1.03, 16 septembre 2026) indique du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h CET, par courriel ([email protected]) et par téléphone (+32 22960431). Un outil d'assistance automatisé, disponible 24 heures sur 24, est prévu au plus tard pour février 2029 (article 13 du règlement d'exécution, à ne pas confondre avec l'article 13 de l'ESPR relatif au registre lui-même).
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Que stocke exactement le registre européen du passeport numérique de produit ?
Qui est autorisé à enregistrer un produit dans le registre DPP de l'UE ?
Combien de temps dure le statut « vérifié » dans le registre ?
Obtenir un identifiant d'enregistrement signifie-t-il qu'un produit est conforme à l'ESPR ?
Le registre européen du passeport numérique de produit est-il réservé au textile et à la mode ?
Que se passe-t-il si le statut de vérification d'une marque dans le registre expire ?
Sources
- ESPR — registre, portail internet et douaneRèglement (UE) 2024/1781 du 13 juin 2024, article 2 (définitions) ; article 4, paragraphe 4 (délai minimal de 18 mois entre l'entrée en vigueur et l'application des actes délégués) ; article 11 (conception technique et fonctionnement du passeport numérique de produit) ; article 13 (registre du passeport numérique de produit) ; article 14 et considérant 42 (portail internet public et liens vers les données des passeports décentralisés) ; article 15 (contrôles douaniers) ; article 72, paragraphe 6 (période de contrôle des actes délégués) ; annexe III (catégories d'identifiants du passeport numérique de produit, y compris les identifiants du fabricant et du site de production). CELEX 32024R1781 ↗
- Registre DPP de l'UE — modalités de mise en œuvreRèglement d'exécution (UE) 2026/1778 de la Commission du 16 juillet 2026 définissant les modalités de mise en œuvre du registre des passeports numériques de produit établi en vertu du règlement (UE) 2024/1781, JO L, 2026/1778, 17.7.2026 — articles 1 à 24 dans leur intégralité, y compris la structure du registre (art. 3), la vérification d'identité (art. 4-5), le processus d'enregistrement (art. 8), la preuve d'enregistrement (art. 9), la conservation des données (art. 10), les administrateurs nationaux (art. 7) et le service d'assistance (art. 13). CELEX 32026R1778 ↗
- Infrastructure de registre partagée — autres législations produitRèglement (UE) 2023/1542 (batteries), article 77 ; règlement (UE) 2024/3110 (produits de construction), article 76 ; règlement (UE) 2025/2509 (sécurité des jouets), article 19 ; règlement (UE) 2026/405 (détergents et agents de surface), article 21 — chacun cité à l'article 1er, paragraphe 1, du règlement d'exécution (UE) 2026/1778, comme partageant le même registre.
- Vérification d'identité — eIDASRèglement (UE) n° 910/2014 du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les services de confiance (signatures électroniques qualifiées, cachets électroniques qualifiés, prestataires de services de confiance qualifiés) — cité tout au long des articles 4 et 5 du règlement d'exécution (UE) 2026/1778.
- CEN-CENELEC — description de l'architecture du registreCEN-CENELEC, « Digital Product Passport, the cornerstone for the implementation of sustainability and circularity on the European Single Market » (15 juillet 2026) : décrit un registre exploité par la Commission européenne, dans lequel sont stockés les identifiants des produits, des fabricants et des usines, tandis que la gestion et le stockage des données produit sont délégués à des prestataires de services tiers. cencenelec.eu ↗
- Registre DPP de l'UE — informations pour les opérateursCommission européenne, DG GROW, « DPP Registry User Guide for Economic Operators », version 1.03, dernière publication le 16 septembre 2026 (PDF, version anglaise), accessible depuis la page de la Commission consacrée au registre DPP ; actualité de la Commission « The Digital Product Passport Registry is now live » du 20 juillet 2026 (version anglaise). guide d'utilisation (PDF) ↗ · page du registre DPP ↗ · actualité ↗
Les textes juridiques ont été consultés et vérifiés directement sur EUR-Lex le 01.10.2026 ; la page du CEN-CENELEC, le guide d'utilisation et les pages web de la Commission ont été consultés le 13.10.2026. Ceci constitue une information générale, non un conseil juridique, financier ou en matière d'investissement.