GUIDE CONFORMITÉ PME

Le passeport numérique de produit de l'UE s'applique-t-il aux petites marques de mode ?

Publié le 24 septembre 2026 · Temps de lecture ~4 min · par Lior Gabriel Graetz · LG Fashion Labs

Oui — le passeport numérique de produit de l'UE s'applique aux marques de mode petites et moyennes, sans exemption liée à la taille de l'entreprise. C'est un point sans ambiguïté, confirmé directement par la FAQ officielle de la Commission européenne sur le DPP et par le règlement sur l'écoconception des produits durables (ESPR, règlement (UE) 2024/1781) lui-même.

Mais ce n'est pas toute l'histoire. Ailleurs dans le même règlement, la taille de la marque change réellement ce qui s'applique et à partir de quand — et l'UE a pris l'engagement contraignant, quoique encore non défini, d'un soutien dédié aux petites entreprises. Ce guide sépare les deux, en s'appuyant uniquement sur ce qui est écrit dans le règlement et dans la FAQ officielle publiée par la Commission.

1. Qu'est-ce qu'une PME au sens des règles de l'UE ?

L'ESPR n'invente pas ses propres catégories de taille. L'article 2 du règlement définit les « PME », « petites entreprises » et « micro-entreprises » par référence directe à la recommandation 2003/361/CE de la Commission. Le nombre de salariés est toujours un critère obligatoire ; seul le critère financier est alternatif :

CatégorieSalariés (toujours obligatoire)Chiffre d'affaires ou bilan (l'un des deux)
Micro-entrepriseMoins de 102 millions d'euros ou moins
Petite entrepriseMoins de 5010 millions d'euros ou moins
Entreprise de taille moyenneMoins de 25050 millions d'euros de chiffre d'affaires ou moins, ou 43 millions d'euros de bilan ou moins

Un label de cinq personnes réalisant 800 000 € de chiffre d'affaires par an est une micro-entreprise. Une marque contemporaine de 120 personnes avec 30 millions d'euros de revenus est de taille moyenne. Les deux entrent dans l'ombrelle « PME » à laquelle ce guide se réfère tout du long — la catégorie PME dans son ensemble n'est rien d'autre que la combinaison des micro, petites et moyennes entreprises.

L'actionnariat compte aussi, et c'est là que des marques se font parfois surprendre. La recommandation impose qu'une « entreprise partenaire » — une autre société détenant 25 % ou plus de la vôtre, ou inversement — soit intégrée au calcul proportionnellement à sa participation, et qu'une « entreprise liée » — une société détenant la majorité des droits de vote ou exerçant une influence dominante, dans un sens comme dans l'autre — soit intégrée à 100 %. Un organisme public détenant 25 % ou plus du capital ou des droits de vote fait perdre le statut de PME purement et simplement, quelle que soit la taille propre de l'entreprise. Les effectifs se comptent en unités de travail annuelles (UTA), et un changement de catégorie ne prend effet juridiquement qu'une fois les nouveaux seuils dépassés, ou non atteints, pendant deux exercices comptables consécutifs. En pratique : un label de cinq personnes qui respecte chacun des chiffres ci-dessus sur ses propres comptes peut malgré tout échouer au test dès qu'un groupe plus important en prend le contrôle, car l'ESPR le mesure alors en intégrant les effectifs et le chiffre d'affaires de la société mère, et non ses chiffres autonomes.

Il vaut aussi la peine de préciser de quelle « PME » l'on parle, car il s'agit ici de la définition propre à l'ESPR, et non d'une définition universelle. Le règlement européen sur la déforestation (RDUE, EU Deforestation Regulation ou EUDR) — qui ne couvre plus le cuir depuis septembre 2026 — et la directive sur la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) définissent tous deux la taille de l'entreprise par référence à l'article 3 de la directive comptable (directive 2013/34/UE), un test différent consistant à remplir deux des trois critères, avec ses propres seuils, plus bas : une micro-entreprise y est plafonnée à 900 000 € de chiffre d'affaires, et non 2 millions d'euros. Une même marque peut être une petite entreprise au sens de l'ESPR et se retrouver dans une autre catégorie au regard du RDUE. Lorsqu'une obligation précise est en jeu, mieux vaut vérifier quelle définition ce texte-là utilise réellement.

2. Le DPP lui-même prévoit-il une exemption pour les petites entreprises ?

Non. La FAQ officielle de la Commission sur le DPP recense exactement deux catégories d'exemption au cadre DPP : les produits que le règlement écoconception ne couvre pas du tout — denrées alimentaires et aliments pour animaux, médicaments, plantes, animaux et micro-organismes vivants, produits d'origine humaine — et les cas où un autre droit de l'UE exploite déjà un système d'information numérique équivalent. La taille de l'entreprise ne figure pas sur cette liste.

La même FAQ le dit clairement ailleurs : les petites et moyennes entreprises « pourraient avoir besoin de mises à niveau technologiques et de formations » pour répondre aux exigences — un obstacle à surmonter, pas une raison d'en être dispensé. Un atelier d'une seule personne et un groupe coté font face à la même obligation de données DPP dès que l'acte délégué textile s'applique.

3. Là où la taille compte vraiment : l'interdiction de destruction des invendus

La taille devient réellement déterminante ailleurs dans l'ESPR — mais pas pour le DPP. Les articles 24 et 25 limitent la mise au rebut et imposent la publication de données sur les produits de consommation invendus, vêtements et chaussures inclus, et c'est là que l'UE a mis en place un allègement réel, fondé sur la taille :

Obligation liée mais distincte — ce n'est pas le DPP

Articles 24-25 de l'ESPR : produits de consommation invendus

Article 25(5) permet à la Commission d'étendre l'interdiction de destruction et l'obligation de publication de l'article 24 aux micro et petites entreprises ultérieurement, pour des produits spécifiques, si elle constate des éléments suffisants indiquant que l'exemption est utilisée pour contourner l'une ou l'autre de ces obligations.

C'est la preuve que l'UE sait construire un allègement gradué selon la taille lorsqu'elle le souhaite — elle ne l'a simplement pas fait, à ce jour, pour l'obligation de données du DPP elle-même.

4. Qu'est-ce que l'UE a réellement promis aux PME ?

L'article 22 de l'ESPR prend deux engagements, tous deux réels, aucun encore déclenché :

De la part de la Commission européenne : lorsqu'elle adopte l'acte délégué de chaque produit, elle doit, « le cas échéant », l'accompagner d'outils numériques et de lignes directrices conçus spécifiquement pour les PME et micro-entreprises.

De la part de votre État membre : chaque pays de l'UE doit exploiter au moins un guichet unique (ou mécanisme équivalent) pour aider les PME à s'adapter, et peut ajouter un soutien supplémentaire — avantages fiscaux, accès au financement, formations spécialisées, assistance technique — dans le respect des règles relatives aux aides d'État.

Aucun des deux n'existe encore pour les textiles, car l'acte délégué textile lui-même n'existe pas encore. Selon l'article 22, ce soutien est lié à l'adoption de l'acte — un droit légal en principe, mais pas quelque chose de disponible avant cette adoption.

5. Ce que cela signifie pour votre marque

Il n'existe aucune exemption aujourd'hui, et rien dans l'ESPR ni dans les propres indications de la Commission ne laisse entrevoir qu'une exemption soit prévue — ce n'est donc pas une hypothèse sûre sur laquelle bâtir un calendrier. Commencez dès maintenant à structurer les données de vos produits, quelle que soit votre taille. Mais budgétez le fait que l'outillage gratuit de la Commission, les lignes directrices spécifiques aux PME et un guichet unique dans votre État membre d'origine deviendront un droit légal dès que l'acte délégué textile sera adopté — et suivez votre propre point de contact national, car une part significative du soutien promis est délivrée au niveau des États membres, et non de manière centralisée.

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Questions fréquentes

Existe-t-il une exemption PME pour le passeport numérique de produit de l'UE ? +
Non. La FAQ DPP de la Commission ne recense que deux catégories d'exemption — les produits hors du champ du règlement écoconception, et les produits déjà couverts par un système numérique équivalent de l'UE — et la taille de l'entreprise n'en fait pas partie. Petites et grandes marques font face à la même obligation DPP.
Dans quelle catégorie de taille de l'UE se situe ma marque de mode ? +
Selon la recommandation 2003/361/CE de la Commission (adoptée par l'article 2 de l'ESPR) : micro = moins de 10 salariés ET 2 M€ de chiffre d'affaires/bilan ou moins. Petite = moins de 50 salariés et 10 M€ ou moins. Moyenne = moins de 250 salariés et 50 M€ de chiffre d'affaires ou 43 M€ de bilan ou moins. Le nombre de salariés est toujours un critère obligatoire ; seul le critère financier est alternatif — et l'actionnariat compte, car une participation de 25 % ou plus détenue par une autre société peut imposer d'intégrer les chiffres de cette société. Il s'agit de la définition propre à l'ESPR ; d'autres textes européens, comme le règlement européen sur la déforestation (RDUE), en utilisent une différente (fondée sur la directive comptable).
L'interdiction européenne de destruction des invendus s'applique-t-elle aux petites marques de mode ? +
Non — et il s'agit d'une obligation distincte du DPP lui-même. Les micro et petites entreprises sont exemptées de l'interdiction de destruction et de l'obligation de publication de l'ESPR (articles 24-25). Les moyennes entreprises sont concernées à partir du 19 juillet 2030, les grandes entreprises à partir du 19 juillet 2026.
Quel soutien aux PME l'UE s'est-elle réellement engagée à fournir pour le DPP ? +
L'article 22 de l'ESPR impose à la Commission d'accompagner chaque acte délégué, « le cas échéant », d'outils numériques gratuits et de lignes directrices spécifiques aux PME, et impose à chaque État membre d'exploiter au moins un guichet unique pour aider les PME à s'adapter. C'est un engagement juridique — mais lié à l'adoption de l'acte délégué textile, non disponible avant celle-ci.